Un des plus grands amphithéâtres du Palais des Congrès, porte Maillot à Paris, a fait salle comble pour la conférence sur l’entrepreneuriat social organisée à l’occasion du salon des Entrepreneurs, le 2 février.
«L’entrepreneuriat social, ce sont des entreprises à finalité sociale, sociétale ou environnementale et à lucrativité limitée. Elles cherchent à associer leurs parties prenantes, comme les salariés ou les clients, qui sont impliqués dans la gouvernance de l’entreprise» En guise de préambule, Hugues Sibille, président de l’Avise, définit les règles à suivre pour entreprendre autrement. Parmi les invités à ses côtés : Christian Sautter, ancien ministre de l’Economie et actuel président du réseau France Active, Jean-Marc Maury, directeur du département du développement économique et social à la Caisse des Dépôts (CDC), ainsi que trois jeunes entrepreneurs sociaux. Au cours des débats, l’ensemble des acteurs sont revenus sur l’intérêt et la finalité de l’entrepreneuriat social afin de susciter de nouvelles vocations.
Une lucrativité limitée, au service des hommes et du projet
«Votre entreprise doit s’adosser à un modèle économique, explique-t-il. Il s’agit de produire des biens ou des services, de répondre à une demande, de trouver des marchés, de prendre des risques, comme dans un schéma classique de l’entrepreneuriat». La finalité ? Créer de la valeur sociale, soit à travers l’embauche de salariés en grande difficulté ou handicapés, soit en s’adressant à des clients qui ne pourraient pas autrement accéder à ces produits. A l’image de ce qui se pratique aujourd’hui avec le commerce équitable.
«Dans votre future entreprise, le processus de décision ne doit pas être fondé sur la propriété du capital, insiste Hugues Sibille. Les entreprises sociales mobilisent des moyens financiers et économiques au service de leur projet, dans des domaines aussi divers que l’alimentation, l’environnement, le commerce équitable, l’innovation technologique, les ressources humaines, l’industrie, l’éducation, les services à la personne, la construction ou encore la santé. Les excédents sont mis en réserve et l’échelle des salaires est limitée pour éviter d’avoir des écarts de rémunérations trop fortes».
En France, il y a aujourd’hui environ 30 000 entreprises à caractère social, présentes principalement dans les secteurs de l’insertion, du handicap et de l’aide à la personne. Avec parfois, des effectifs comptant plusieurs milliers de salariés. «En revanche, il n’y a pas de statut juridique spécifique pour l’entreprise sociale, note encore Hugues Sibille. Elle peut être créée sous forme d’association, de coopérative, de société à responsabilité limitée (Sarl)…»
Dans la foulée, Caroline Portes pour Tissons la Solidarité, Laurent Lecesve pour Hyes et Arnaud Poissonnier pour Babyloan ont présenté leurs projets respectif, sous les regards passionnés des spectateurs. Ces trois jeunes entrepreneurs sociaux, aux parcours et profils différents, se rejoignent sur un même point : a un stade de leurs carrières, ils ont eu envie d’entreprendre différemment, et de replacer l’homme au cœur de leurs projets. Comme l’explique Laurent Lecesve, « L’entrepreneuriat créé de la richesse. L’entrepreneuriat social créé de la richesse qui a du sens. C’est ce qui correspondait le plus à nos valeurs » Caroline Portes explique que dans un contexte de crise, il faut miser sur l’emploi, et ne pas avoir peur de se développer car c’est la clé de la croissance. Et à la question des financements, Arnaud Poissonnier répond que de plus en plus de financeurs privés s’intéressent à l’entrepreneuriat social.
L’importance d’être accompagné
Car l’entreprise sociale a la chance de pouvoir hybrider ses ressources. «Si votre projet est agrée par notre comité au sein de France Active, nous le garantissons ensuite auprès des banques, soutient Christian Sautter à l’adresse du public. Il faut bien avoir à l’esprit qu’un créateur accompagné est à 80 % sauvé. Si vous partez tout seul, votre probabilité de réussir est de une chance sur deux. Si ça marche, le banquier a un nouveau client qui ne lui a rien coûté et si cela ne marche pas, nous remboursons la moitié du crédit».
Christian Sautter a également indiqué qu’en 2011, «France Active a financé 900 entreprises sociales, soit près de 200 millions d’euros investis». «Vous devez repartir de cette réunion avec deux messages d’espoir, a-t-il encore lancé à l’intention des futurs entrepreneurs. L’entrepreneuriat social est un secteur en pleine expansion. Cette expansion se fait sur le terrain, à travers des projets d’économie de proximité. On peut faire du mieux-disant économique, du mieux-disant social près de chez soi. Il faut aller de l’avant !»
Jean-Marc Maury de la Caisse des dépôts et consignations (CDC) évoque «l’entreprise sociale», comme «une entreprise comme une autre». «Ce secteur n’est pas ouvert aux doux rêveurs, prévient-t-il. Nous avons affaire à de vrais entrepreneurs. L’état nous a confiés la gestion d’une enveloppe pour l’économie sociale et solidaire, de 100 millions d’euros. A la mi-février, nous devrions en avoir dépensé près de 20 millions, uniquement destinée à des entreprises du secteur de l’ESS. Ce n’est pas de la subvention, ce n’est pas de l’argent pour lequel il suffit de remplir un dossier, c’est une démarche d’entrepreneur ouverte jusqu’en 2014. C’est une opportunité pour ceux qui souhaite se développer. Il faut saisir cette chance. »
Pour les principaux acteurs du secteur, trois défis restent à relever : étoffer les rangs des entrepreneurs de l’économie sociale et solidaire, conquérir plus de marchés, à l’image des marchés publics et augmenter le montant des investissements. «L’entrepreneuriat social est une des solutions à la crise », conclut Hugues Sibille. « Il faut transformer la contrainte en opportunité, dupliquer e qui fonctionne, et innover ! L’entreprise sociale invente l’entreprise de demain, c’est un formidable vecteur d’optimisme et de confiance».





